Ouédraogo Moussa explique le bien-fondé du COEBCI

Président du Conseil des Opérateurs Economiques Burkinabè en Côte d’Ivoire (COEBCI) Monsieur Ouédraogo Moussa a bien voulu expliquer à Disapo24.info et Hakiiqa le bien fondé et les ambitions du Conseil qu’il dirige. Volontariste et déterminé, l’ancien Représentant du Conseil Burkinabè des Chargeurs (CBC) à la retraite veut, avec ses pairs, inscrire ses actions au bénéfice de ses compatriotes. Ce qui explique, à son actif,  des cas de réconciliation de frères qu’il a su mener et qui pourraient être déployés à grande échelle dans la communauté burkinabè aux prises avec bien de mesquineries et rancœurs. Entretien !

Anciennement Représentant du Conseil Burkinabè des Chargeurs (CBC) en Côte d’Ivoire, aujourd’hui vous êtes Président du COEBCI. Peut-on mieux comprendre ce glissement ?

En réalité ce n’est pas un glissement. Au Conseil Burkinabè des Chargeurs (CBC), j’ai fini ma carrière. J‘ai fait valoir mes droits à la retraire depuis 2016. Il se trouve que j’ai quelques racines en Côte d’Ivoire, j’ai de la famille, des enfants qui fréquentent encore ici, et j’ai surtout beaucoup d’amis. Je me suis dit pourquoi ne pas rester quelque temps. Permettre d’une part aux enfants de terminer leurs cursus et d’autre part compter sur mes frères ivoiriens qui m’ont si bien accueilli depuis 2002. Je saisis cette occasion pour les remercier, surtout au niveau de la communauté portuaire d’Abidjan, pour leur disponibilité et hospitalité dont j’ai fait l’objet jusqu’à ce jour. Pour ne pas m’ennuyer, j’ai regardé un peu au niveau de notre communauté, et comme vous-mêmes avez pu faire le constat. On est si nombreux, mais hélas, il n’y a véritablement pas d’entente entre nous. Voilà pourquoi j’ai pensé à créer le COEBCI.

Selon vous, le COEBCI va participer quelque peu à remédier à cette mésentente dans la communauté ?

C’est une prétention, comme tout le monde peut en avoir. Nous n’avons pas la certitude d’apporter des solutions à tous les problèmes qui minent notre communauté. Mais c’est un rêve, comme tout le monde peut se le permettre. C’est d’essayer une formule allant dans le sens d’amener notre communauté à chercher à avoir, ne serait-ce qu’un petit noyau, un cercle dans lequel ils peuvent partager cette solidarité qui nous manque tant et cette fraternité dont nous parlons souvent mais qu’on ne voit pas dans la pratique quotidienne. C’est d’échanger les expériences. Et Dieu seul sait qu’en notre sein, il y’a des hommes d’expérience (…) C’est une idée qui a été partagée avec certaines personnes que je respecte beaucoup. C’est même grâce à ces personnes que nous avons pu mettre sur pied le COEBCI. Elles ont apporté leur image et le crédit qui leur est accordé au sein de la communauté, comme M. Sawadogo Issiaka, le PCA de la filière Bétail et viande, M. Pathé’O, St Jo, qui ne sont pas à présenter.

Comment adhère-t-on au COEBCI ? Faut-il être forcément opérateur économique ?

Eh bien, ce n’est vraiment pas compliqué. Il faut être Opérateur économique, et même si vous ne l’êtes pas, vous pouvez toujours apporter quelque chose au COEBCI. Les Opérateurs économiques, c’est un milieu assez particulier. Ce sont des hommes d’affaires. Ils ont leurs problèmes qui leur sont propres. Ils peuvent partager leurs expériences entre eux. Cependant, vous pouvez ne pas être opérateur économique et apporter des avis éclairés, des conseils aux opérateurs. Donc, on peut distinguer les membres actifs, ceux qui sont dans le Bureau, mais aussi des membres d’honneur, qui ne sont pas des Opérateurs économiques, mais qui avec un œil extérieur peuvent apporter quelque chose au COEBCI.

Qu’est-ce qu’un opérateur économique gagne en adhérant au COEBCI ?

Pas grand-chose, mais également beaucoup de choses. Pas grand’ chose, parce que tout seul vous pouvez réussir vos affaires. Il est un opérateur, si il y est depuis un certain temps, c’est que ça marche ; il n’a peut-être pas besoin de quelqu’un pour faire marcher ses affaires. Mais est-il sûr que ça peut continuer comme ça jusqu’à ce qu’il décide d’arrêter. N’est-il pas prudent de se mettre avec d’autres personnes dans la perspective de pouvoir affronter ensemble un certain nombre de difficultés qu’un homme tout seul ne peut vaincre ?

Dans la pratique, est-ce que vous ne vous positionnez pas comme l’interlocuteur ou l’interface du patronat burkinabè en Côte d’Ivoire ?

Je dirais oui. Parce que fort heureusement quand le patronat s’est déporté à Abidjan à l’occasion d’une mission, son Président M. Apollinaire Compaoré, que je salue, nous a invités. Il a entendu parler du COEBCI et il a voulu en savoir davantage. Nous avons eu une séance de travail avec lui et sa délégation. Nous leur avons expliqué notre démarche et pourquoi un Conseil des Opérateurs Economiques Burkinabè en Côte d’Ivoire. Il nous a félicités pour l’idée, la démarche, pour la qualité des membres de tous ceux qui ont accepté d’adhérer à cette association, au point où lui-même a dit que le patronat garde ses portes ouvertes. Si le COEBCI veut être membre du patronat, vous serez les bienvenus. Ça dit tout.

Une délégation du COEBCI que vous avez conduite à Ouagadougou a été reçue par le Président du Faso, SEM Roch Marc Christian Kaboré. Que vous a-t-il dit ?

Je dirais que ça a été un évènement majeur de l’existence du COEBCI. Nous avons été invités à l’occasion du Traité d’Amitié et de Coopération (TAC) qui se tenait à Ouaga. Nous sommes allés. C’était pour apporter notre contribution, notre expérience en tant qu’opérateurs économiques par le canal de la Chambre du Commerce. C’était le premier objectif. Le deuxième objectif était de présenter notre association à nos autorités. On n’en avait pas encore eu l’occasion. Nous avons commencé par les autorités coutumières, en l’occurrence par le Larlé Naaba qui nous a reçus toute une journée dans son ranch, je saisis cette occasion pour le saluer pour le travail gigantesque qu’il a abattu. Ce que nous avons vu, c’est vraiment impressionnant. Le Mogho Naaba nous a également reçus et nous a prodigués des conseils ; un certain nombre de Ministres aussi comme le ministre du Commerce et celui des Burkinabè de l’Extérieur. Puis, comme vous le soulignez, le Président du Faso a accepté de nous recevoir. Nous n’avons espéré autant. Ça nous a grandis, cette grandeur nous l’avons ressentie à travers les conseils qu’il a bien voulu nous donner. Je crois que ça en rajoute à notre crédibilité et au sérieux au travail que nous sommes en train d’essayer…..C’est pour moi l’occasion de remercier encore le Président du Faso, au nom de l’ensemble du Bureau.

Nous sommes dans une vaste communauté. Quel est l’état de vos relations entre vous et les autres leaders d’associations ? Dieu seul sait comment il y’en a en Côte d’Ivoire !

Vous le dites si bien, il y’a tellement d’associations au niveau de la communauté. Nous ne disons pas que nous sommes différents, mais nous avons notre idée et notre formule à proposer à la communauté. Cela peut se constater à travers la démarche, parce que il y’a eu d’abord l’idée qui tire son fondement du fait que la communauté est divisée en dépit de notre nombre. Donc, il faut que nous ayons un cadre d’échange d’abord au niveau des opérateurs économiques ; ensuite il faudra se référer à des gens qui ont une certaine expérience et dont nous avons la preuve qu’ils ont des opérateurs économiques avérés, qu’ils ont une certaine sagesse et une disponibilité à échanger avec les autres et avec le reste de la communauté. Nous sommes passés par là pour faire le tour et vendre l’idée. Puis nous avons élaboré les textes, parce qu’il faut bien que nous puissions mener nos activités dans un cadre légal. Textes que nous avons déposés auprès des autorités administratives de la Côte d’Ivoire. Nous avons reçu en retour un récépissé qui nous permet de fonctionner. A partir de ce moment, nous avons engagé un certain nombre d’activités. Nous nous sommes déportés à Yamoussoukro, où nous avons réuni des opérateurs économiques de toute la région pour leur expliquer l’idée. Il y’a eu une forte adhésion. Nous sommes revenus à Abidjan. Nous sommes passés par les Guides religieux, nous avons rencontré le Cheik Aziz Sarba, demander ses bénédictions et prières. Nous venons de rencontrer le Révérend père Emmanuel Zabsonré, Curé de la paroisse Notre Dame du Perpétuel Secours de Treichville, pour demander bénédictions et prières d’accompagnement. Et comme je vous le disais tout à l’heure, nous nous sommes présentés aux autorités, bien entendu, en passant par SEM. l’ambassadeur du Burkina Faso en Côte d’Ivoire et le Consul général qui nous accompagnent depuis que nous avons émis l’idée. Maintenant, quel genre de relations nous entretenons avec les associations ? Nous sommes ouverts. Elles sont au moins 2 ou 3 associations qui sont venues nous voir déjà demander une collaboration et un accompagnement même, pour que de temps en temps nous puissions venir à leurs côtés pour que nous puissions partager nos expériences. Nous sommes ouverts !

Une dernière question, vous venez de présider une rencontre de conciliation et de réconciliation de deux compatriotes : Une tache qui aurait dû échoir à un des consulats, que vous avez pu avec beaucoup maestria mener pour parvenir à un point d’accord. Vous disiez à l’occasion que ‘’le COEBCI n’est pas créé pour des parades’’. Que vous voulez-vous faire comprendre par ces deux séquences évoquées ?

Merci beaucoup. Travailler à réconcilier des frères, je crois que c’est l’un des fondements même, un maillon essentiel des objectifs même du COEBCI. Quand nous nous sommes retrouvés en Assemblée générale à Yamoussoukro, il y’a eu un cas presque similaire qui s’est présenté à nous. Deux frères de Bouaké qui, depuis deux ans, ne se parlaient plus et pourtant auparavant c’étaient de grands amis. Au cours de nos échanges, il y a un frère, je crois El Hadj Boukari Sawadogo qui a eu le courage de dire qu’il y’a un point qui ne concernait pas notre rencontre, mais, si vous permettez je vais l’évoquer. Je lui ai dit qu’il n’y avait aucun problème. Il dit il y’a deux frères qui sont opérateurs économiques mais qui depuis 2 ans ne se parlent pas, ne veulent pas se voir pour une histoire banale de véhicules. Je demande alors s’ils sont dans la salle. Il me répond ‘’oui ils sont dans la salle’’. Je leur demande de venir. Ils se sont présentés tous les deux ; j’ai demandé à certains membres du Bureau comme Issaka Sawadogo, Pathé’O, Kanazoé Mariam, il y’avait Kindo qui est mon Secrétaire général, Bonané, Ouédraogo Madi de Western Union, et je leur ai demandé, ensemble, s’ils sont d’accord pour qu’on demande pardon à ces deux frères là. Ils ont dit ‘’ok’’. Nous leur avons demandé pardon. J’ai dit si on pouvait même se mettre à genoux on allait le faire, mais comme ils sont des petits frères, nous n’allons mettre à genoux devant eux. On va vous demander pardon au nom de tous les doyens qui étaient là et de tous les membres du COEBCI présents. Ils se sont salués et se sont embrassés devant nous. Nous sommes sortis de là. Une semaine après, j’ai appelé pour vérifier. Ils disent ‘’Président nous ne pouvons pas prendre le risque de ne pas accepter ce pardon devant tous ceux qui étaient là, et d’ailleurs nous sommes entrain de déjeuner ensemble’’.
Pour le dossier dont vous faites cas, celui des deux frères qui étaient là, les frères Kaboré qui résident à Méagui mais qui sont tous issus d’un même village de Zorgho, je dois dire que ça fait depuis 4 ans qu’ils ne se parlent pas. Nous avons eu une première séance de réconciliation qui a eu lieu de 15h jusqu’à22h, sans succès. Nous n’avons pas réussi à les réconcilier, ce jour-là. Mais, je n’ai pas abandonné le dossier. J’ai demandé à des personnes ressources de se rapprocher d’eux pour continuer la négociation, jusqu’à ce qu’ils acceptent de venir ce 21 décembre 2019 (NDLR date de l’interview) pour la séance de réconciliation. Voyez, l’homme doit être au centre de toutes nos activités. Tout ce que le COEBCI va faire quelle que soit l’activité, quel que soit le programme à déployer, ce doit être toujours au bénéfice des hommes. Tant que ça ne profite pas aux hommes, je pense que ce n’est pas la peine. Nous sommes des Opérateurs Economiques, chacun mène ses activités. Il ne s’agit pas de se réunir pour partager de l’argent, ou quoi que ce soit ou une activité qui n’apporte pas la paix, la cohésion, l’entente, la solidarité au sein de nos membres, de sorte que cela serve d’école à ceux qui nous regardent et à ceux qui sont incapables de s’asseoir ne serait-ce qu’une minute sans se faire la bagarre. Il faut qu’au sein de notre communauté, la mesquinerie si on ne peut pas l’éradiquer, qu’on arrive au moins à attirer l’attention des uns des autres sur le fait que nous sommes venus chercher, mais chercher dans la cohésion. Les autres communautés venues comme nous, cherchent dans la cohésion.

 

Entretien réalisé par Diaspo24.info et IB de Hakiiqa

 

 

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